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Chapitre 26 - "Mon ami moi"
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Chapitre 26 - "Mon ami moi"

   C’est drôle et effrayant comment je me traitais autrefois.
   Je ressentais l’aversion envers moi. J’étais malcontente de mon apparence, de mon caractère, de mon comportement, de mes réussites, à vrai dire, j’étais malcontente de presque tout, exepté quelques petites détailles. Je me faisais souvent de la peine et je m’infligeais des peines pour avoir été comme j’étais. C’est une forme terriffiante de cruauté car résultant de la perplexité et de l’ignorance.

   Je ne m’aimais pas et il me semblait évident que les autres aussi ne m’aimassent pas et s’ils ne m’aimaient pas, moi aussi, je ne les aimais pas.
Je crois que dans chacun de nous guette un tel monstre autodestructeur. Il est facile de le desactiver, comme un virus dans l’ordinateur, mais il faut d’abord savoir qu’un tel virus existe et ne pas succomber à sa force paralysatrice.

   À quoi bon, un jeune homme sain et fort voudrait-il se détruire lui-même? Saper la foi dans ses forces, se fermer la voie, s’enfermer dans ses propres pensées amères?...
Parce que personne ne lui avait dit comment il pouvait s’aider. Et aussi parce qu’il avait toujours cherché la certification de sa valeur chez les autres et il n’avait jamais réfléchi s’il s’aimait lui-même.

   Jadis, je souffrais beaucoup parce que je cherchais sans cesse l’acceptation chez les autres. Quant à eux, ils ne le savaient probablement pas, parce que je ne posais pas de questions concrètes du type:
   -Est-ce que tu m’aimes bien? Est-ce que tu estimes que je suis quelqu’un de valeur?

   J’avais honte de poser une question si simple, alors j’essayais plutôt deviner les pensées des autres à mon égard à partir de leurs réactions et de leur comportement. Et de cela, je tirais les conclusions sur mon image aux yeux des autres et aussi, en général, sur ce qui j’étais et comment j’étais. C’était une faute stupide et dangeureuse car elle menait à toute une série d’erreurs et des conclusions de plus en plus fausses.

   Je vais donner un exemple. J’étais assise autour d’une table avec mes collègues. Tout le monde racontait avec enthousiasme ce qui c’était passé durant les vacances. Moi, je me taisais. Les autres riaient, ils étaient engagés dans la conversation et ils se rappellaient successivement leurs aventures.
   Mon raisonnement fautif était le suivant: ils ne me voyaient pas, ils ne me demandaient pas comment j’avais passé mes vacances, ils ne m’apercevaient pas du tout. Ah, oui, cela voulait dire que je n’étais pas quelqu’un d’intéressant et personne, à vrai dire, n’avait pas envie de parler avec moi. Si je n’étais pas venue ici, ils n’auraient même pas remarqué mon absence. Aussi bien j’aurais dû être pour eux comme l’air. Ou plutôt, j’étais comme l’air pour eux? J’étais nulle, une ordure inutile à personne.

   C’est la façon de penser qui mène à l’autodéstruction. À s’effondrer sous un tas de son amertume, du vide et de la passivité.

   Voici les fautes que j’avais commises:
   1. Je prenais le comportement tout à fait insignifiant des autres pour l’appréciction et pour un verdict sur moi.
   2. Je faisais dépendre ma satisfaction et mon bien-être du comportement des gens à mon égard.
   3. J’étais orientée à saisir de mon entourage les signaux négatifs sous mon adresse.
   4. Je n’avais pas réféchi un seul moment si c’était vrai que j’étais une ordure ennuyeuse et si je voulais l’être; parce que si je ne le voulais pas je devrais faire quelque chose pour le changer.

   Maintenant, quand je regarde en arrière, je parviens à la conclusion que la plupart de mes problèmes résultaient justement du fait que je ne m’aimais pas.
   Je vois de gens pareils autour de moi. Ils sont, en général, agressifs, parce qu’ils essaient d’attirer sur eux l’attention des autres. Il est très facile de les blesser, même s’ils essaient de ne pas montrer à quel point quelque chose leur avait fait mal. Ils ne savent pas écouter, parce qu’ils cherchent à chaque moment à marquer leur présence et à obtenir la certification de leur valeur. Ils demandent agressivement à leur fiancée, à leur femme ou à leur mari: «Est-ce que tu m’aimes encore?».

   Ils s’extasent aussi vite sur leurs qualités et sur leurs talents que tombent dans le désespoir sur le manque d’acceptation et sur le vide dans leur vie.
   Et, avant tout, ils ressentent incessamment l’insatisfaction et le mécontentement et ils ne sont pas en mesure d’eprouver la joie de vivre. Souvent, ils ne savent se concentrer sur aucun de leurs projets ni aboutir à le réaliser, parce qu’ils cherchent sans cesse l’encouragement et la confirmation de la part des autres.
Ils sont heureux quand ils voient les preuves de l’intéressement, quand ils entendent un éloge ou un compliment. Quand il les leur manque, ils tombent dans le désespoir et cherchent en eux la faute.

   Ils considèrent le temps consacré à eux-mêmes de perdu, ils passent leur journée à maintenir des contacts superficiels avec les collègues et ils préfèrent ne rien faire que de s’occuper de quelque chose de constructif et de créatif en solitude. Sans gêne, ils font éloge de leurs compétences, pourtant, ils ont rarement assez d’énergie et de persévérance pour les confirmer par les actes.
   Tout cela, parce qu’ils n’existent pour eux-mêmes.

   Ils veulent s’inscrire dans la conscience des autres et recevoir d’eux la confirmation de leur valeur, mais ils n’avaient jamais essayé d’être à l’écoute de leure âme et de l’aimer.
C’est à cause de cela que le sentiment d’un vide terrible et de la solitude les poursuit.
Je le sais, parce que autrefois, je me sentais comme cela aussi.

   Un jour, je eus la réflexion que je soumettais sans cesse mon âme au jugement des autres. Je stoppai ma course. Je me tournai. Je regerdai dans moi. Et je décidai de nouer l’amitié avec moi-même.
   Personne ne m’avait dit que c’étais moi qui devais être mon premier et le meilleur ami. Dans le moment où j’eus découvert cela, le calme me remplit et le sentiment du vide tracassant disparut. Et, soudainement, ma vie changea aussi.

   J’arrêtai de me martyriser et de me punir pour avoir commis des erreurs qui me paraissaient impossibles à me pardonner. Avant, j’aurais pardonné plus facilement à un étranger qu’à moi-même. Je m’opprimais par des remords que j’avais fait quelque chose de très stupide et que j’avais perdu une chance, que j’étais terrible.

   Mais, dès que je devint l’ami de moi-même...je n’eus pas envie de me donner des coups, mais au contraire, je préférais me traiter avec la sympathie et avec la compréhension.
Le mieux qu’on peut faire dans une situation pareille, c’est d’en tirer une conclusion pour soi, de la marquer en lettres d’or dans son âme et après, lever la tête et continuer à vivre. Tans pis, chacun commet des erreurs. Et moi, je ne suis parfaite non plus. Mais, en tout cas, cette gaffe m’eut fait apprendre quelque chose, alors, malgré tout, j’en profitai, parce que je suis plus riche maintenant d’un peu de sagesse. J’étais stupide, je me pardonne, la prochaine fois je serai plus sage. L’affaire clôse.


Traduit par Magda Pud³o

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