onet.pl PATRONAT
"Dans la jungle de la vie" - CHAPÎTRE 1
Napisz do mnie
Napisz do mnie
Ksi±¿ki

Powrót
"Dans la jungle de la vie" - CHAPÎTRE 1

J’avais dix-sept ans quand je gagnai mon premier concours littéraire. J’habitais à ce moment-là à Koszalin et il me manquait une dent de l’avant que j’avais cassée sur un sandwich au jambon. Quelques mois auparavant, il m’était arrivé quelque chose qui changea ma vie à jamais.

Je me souviens du jour quand, pour la première fois, j’avais pris dans la main un disque de The Beatles et je l’avais posé sur le gramophone. C’était un appareil moderne encastré dans du bois, acheté d’occasion à prix réduit à cause des charnières rouillées. Le disque venait des temps plus anciens et il était une véritable carte sonore faisant partie de la collection de mes parents. Je posai alors ce bout de plastique sillonné sur le plateau du gramophone, j’ approchai l’aiguille et je fis ensorcelée. Paul McCartney chantait Michelle et moi, j’entendais dans sa voix tout ce dont je rêvais secrètement: la liberté, les voyages, le monde lointain, la passion de créer, l’art, l’amour.

À ce moment – là, quelque chose changea en moi. Je pris profondément de l’air et je sentis que tout d’un coup, je pus respirer. Voilà quatre garçons dont la façon de vivre sont la joie, la liberté et la description créative de leurs pensées. Je commencai à apprendre l’anglais pour comprendre ce dont ils chantaient. Je découvris que la musique est porteuse d’une énérgie gigantesque qui libère en moi un besoin de créer incontrôlable. Je faisais l’école buissonnière.

Les matins, je montais dans l’autobus, le sac plein de livres et avec l’intention d’aller aux cours, mais quand l’autobus s’arrêtait près d’un grand parc plein de vieux arbres, d’allées mystérieuses et de l’odeur de la jungle, je ne pouvais pas me retenir. En dernier moment, je me pressais vers la sortie, je sautais vers la libérté et je me plongeais dans la verdure des plantes. Et puis, j’allais à l’autre côté du parc à la phonothèque dans la Bibliothèque de Voïvodie. Je m’asseyais dans un fauteuil, je mettais un casque d’écoute et je partais vers le monde de la musique, des aventures et des sensations. Je ne pouvais pas écouter la musique silencieusement, les yeux fermés. Je prenais un stylo et une feuille de papier, j’écrivais des poèmes et des récits illustrés de dessins. La musique me dictait les pensées, les mots et les images.

Parfois, au lieu de faire l’école buissonnière, j’allais à l’école. Mais la musique jouait en moi sans cesse, alors je dessinais dans des cahiers d’écolier durant des cours ce qui énervait terriblement les enseignants. Quelques–uns me prenaient ces cahiers pour me punir et je ne les jamais reçus de retour.

Un jour, quelqu’un somma mes heures d’absences injustifées et on décida de m’expulser de l’école. Et il en aurait probablement été ainsi, si un heureux hasard ne m’était pas arrivé, un de plusieurs dans ma vie. L’enseignant responsable de ma classe, Ryszard D±browski, était un artiste pratiquant les arts plastiques; il nous enseignait le dessin durant des heures de socialisation. Qui aurait-il pu mieux comprendre quelqu’un comme moi? Il se peut que nous n’en eussions jamais parlé. Tout mon esprit avait était occupé à connaître la musique de Beatles, de Jean- Michel Jarre, de Elvis Presley et de Dire Straits; à peindre, à écrire, à créer mon propre monde où poussait la jungle, où se promenaient des tigres à hanches balançant. Cela m’était totalement égal si on allait m’expulser de l’école ou non.

Je vivais une période de révolte et de révolution, je ne voulais parler avec personne, je ne pouvais confier mes problèmes à personne. Je ne savais même pas que le responsable de ma classe avait pris un stylo et en un seul mouvement avait justifié toutes mes absences. Grâce à cela j’eus la chance de terminer l’éducation dans l’école secondaire.

L’apprentissage m’intéressait seulement dans la mesure du nécessaire. La plus exigeante était l’enseignante de chimie, alors les lundi après les cours, je sortais de la cave un pot de compote aux prunes (pour me renforcer) et je bossais des formules et des régles. Après c’était la géographie, parce que l’enseignante exigeait la connaissance des noms de toutes les capitales et de plus, elle interrogeait sur les leçons précédentes, il fallait donc connaître les noms des bassins houillers, la localisation des sols en Pologne et d’autres choses, complètement inutiles et qui n’activaient pas l’imagination. Pourquoi pendant des leçons de géographie on ne raconte pas aux élèves à quel point la vie dans des autres pays peut - elle être intéressante?… Les noms des capitales n’étaient pour moi que des mots vides qu’il fallait localiser sur la carte, j’essayais quand même de toutes mes forces de les bosser. Un jour, je fus appelée au tableau.

- Regarde – toi! Comment te présentes-tu? – l’enseignante de géographie lança-t-elle avec dégout.

Effectivement, je n’avais pas l’air très bien. J’avais de longs cheveux couleur souris que je rinçais au vinaigre pour qu’ils se laissent mieux brosser, un vieux chandail gris à mi-cuisse, un pantalon foncé avec des éléments jaunes et le « Peace and Live » hippie brillant sur une petite courroie souspendue au cou. Je ne me souviens pas combien de capitales je réussis à énumérer et à indiquer sur la carte. Je me souviens seulement qu’enfin tomba la question sur la capitale de la Malaisie et moi, je me sentais déjà complètement désemparée et je n’étais pas en mesure de me rappeler qu’à peine le jour précédent, je bossais par coeur ce mot étrange Kuala Lumpur.

Plusieurs années après, quand je vins en Malaisie pour participer au rallye Rainforest Challenge, je vis au centre-ville deux énormes, brillantes tours en argent, les plus hautes tours geminées du monde, je me souvins de cette malheureuse leçon. Je reçus un deux, nota bene la pire des notes dans le barème scolaire de ce temps–là qui allait du deux jusqu’au cinq. Je sentis qu’on m’avait traitée de façon injuste, alors je retournai à ma place, je pris mes livres, je dis au revoir et je sortis, bien que la leçon ne fût même pas commencée. À partir de ce moment – là, j’avais une vie dure pendant la géographie.

À chaque moment libre, dans des autobus, durant des leçons, à la maison, j’écrivais des récits sur la jungle, sur le New York, sur la Chine, sur les choses, les lieux et les gens qui m’étaient absolûment inaccessibles, mais qui existaient dans mon imagination. À ce moment – là tout était le premier: ma première publication dans la presse, journal local Voix de Poméranie, où fut publié mon poème intitulé Je n’appelle pas; mon premier fiancé Mirek qui jouait dans une équipe de seconde ligue de hand – ball et écoutait Deep Purple; mes premiers prix dans des concours poétiques et littéraires; ma première apparition dans la radio quand la rédactrice Gra¿yna Preder de la Station de radio-diffusion de la Radio Polonaise à Koszalin m’avait invitée dans le studio pour que je donnasse mon premier interview.

Des années s’écoulaient. Je terminai l’école, je passai le bac et je commencai à dériver dans le quotidien. La passion de créer n’avait pas passé, mais je pouvais lui consacrer moins de temps. Mais, d’autres moments aparurent quand je me trouvais confrontée au monde réel et je me sentais impuissante. La tristesse m’envahissait et je sentais en moi un vide étrange que je n’arrivais à remplir de rien.

Traduit par Magda Pud³o

Powrót